Le film Madame Web n’a pas rencontré son public, à l’image d’autres productions Sony qui tentent d’explorer l’univers de Spider‑Man sans faire apparaître directement le héros. L’idée d’élargir le Spider‑Verse n’est pas mauvaise en soi, mais le cinéma impose des contraintes budgétaires lourdes pour mettre en scène des super‑héros dotés de pouvoirs spectaculaires. Résultat : on s’adresse à une poignée de fans avertis, tout en essayant de séduire un nouveau public qui ne connaît rien aux intrigues des comics. Ce double objectif est difficile à atteindre

Le choix artistique est trop souvent mis en balance avec les décisions des producteurs ou des dirigeants de studios, qui gèrent un film de super‑héros comme un produit classique. Dans ce contexte, les artistes ne sont pas écoutés et les studios refusent de reconnaître leurs erreurs. Le public, lui, ne répond pas à l’appel des nouvelles araignées. Pourquoi ? Parce que les pratiques commerciales douteuses, comme des trailers mensongers, finissent par tuer la confiance. Vendre un film pour ce qu’il n’est pas fait fuir les spectateurs, qui savent immédiatement relayer la vérité.

Les studios, déjà critiqués depuis des années, ont voulu se gorger de dollars sur un genre porteur. Mais en multipliant les projets sans vision, ils ont tari la source. Les fans ne sont pas lassés des super‑héros, mais des histoires appauvries par des businessmen sans scrupules. Les thématiques héroïques peuvent toujours séduire si l’histoire est au rendez‑vous, avec une narration solide, une réalisation inspirée et des effets spéciaux cohérents, sans surenchère.

Les super‑héros sont une réponse moderne à l’idéal humain de surhommes qui remplacent les dieux antiques. Le propre des comics est de montrer des personnages proches des humains, avec leurs tracas et leurs failles, mais dotés d’un « truc en plus » qui les pousse à s’en sortir… ou à s’enfoncer. Certains gagnent leurs pouvoirs par accident, d’autres par volonté, entraînement ou génie scientifique. Ce réalisme dans la construction des personnages est essentiel pour que le public adhère.

Madame Web souffre d’un manque de lisibilité. On y voit la genèse d’une équipe et son premier combat, mais rien de révolutionnaire. Le public averti attend davantage : une narration claire, des enjeux crédibles et une cohérence interne. Les adolescentes sans pouvoirs qui échappent sans cesse à un méchant ultra‑rapide illustrent ce manque de logique. Pourtant, le pouvoir de Madame Web, comprendre les causes et les conséquences, aurait pu offrir une réflexion passionnante sur le destin et les choix humains.

Le cinéma n’a pas su répondre à ces attentes, mais les séries TV ou les animés le peuvent. L’exemple de Stargate est parlant : le film avait déçu, mais la série a comblé les manques et s’est imposée comme une licence culte. De même, des œuvres comme Invincible ou The Boys montrent que le réalisme et la cohérence des actions (un laser coupe, une force brute détruit) sont essentiels pour captiver. Une série Madame Web sur Netflix ou Amazon pourrait donner un second souffle à cette licence, en laissant la main aux créateurs et en respectant l’univers.

Des films comme Avatar ou Le Seigneur des Anneaux ont prouvé qu’en laissant une liberté artistique, il est possible de créer des licences rentables. Le respect de l’œuvre et de la vision des auteurs est la clé. Les studios doivent sortir du déni et comprendre que répéter les mêmes erreurs est une hérésie. Le droit à l’erreur existe, mais persister dans des choix incohérents détruit la confiance du public

Madame Web n’est pas un mauvais film en soi, mais il manque de substance et de cohérence. Son univers pourrait devenir une extension passionnante du Spider‑Verse si Sony acceptait de donner plus de liberté aux artistes. Le personnage, capable de manipuler le destin et de connaître l’avenir, offre un potentiel narratif immense. La vraie question est : qui peut contrer une héroïne qui connaît déjà vos choix et vos conséquences ?

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