1983 – Rue Cases Nègres


Une tranche de vie oubliée par la métropole mais qui fait encore écho à certaines de nos générations.
Le film de Euzhan Palcy à fait date pour la mémoire des Antilles françaises.

Enfin un film qui prend avec humour le dur quotidien des antillais des années 30.
Il ne faut pas croire qu’il y a eu beaucoup de changement à la publication du livre en 1950 (de Joseph Zobel), voir même dans les années 70/80.

Même si le film vieilli un peu par le manque de qualité graphique, avec une TV 4k vous n’allez pas supporter l’image dégradée. Mais l’histoire vaut le coup qu’on regarde et qu’on s’attache au jeune héros des rue martiniquaise à Rivière-Salée.

Ce film a été titré dans de nombreux festivals et pour son budget de trois millions de francs il s’en sort avec les honneurs de ses pairs.

Pourtant elle connait des difficultés pour monter son budget, même si François Truffaut l’a soutenu, même si elle des noms prestigieux comme Michel Loulergue, Jean-Luc Ormières, Claude Nedjar et Louis Malle.
Le Centre National de la Cinématographie accepte une avance sur recette sur ce film, qui semble être polémique pour les bailleurs de fonds.

Même si le scénario de base prône la réussite par la persévérance d’un jeune français né aux Antilles, même si l’école républicaine est au coeur de l’émancipation souhaitée par ce jeune héros et sa vieille grand-mère, il ne faut pas oublier qu’à l’époque il y avait encore des cases, une sorte d’apartheid. Et l’autre argument qui sortait souvent était : Commence ce genre de film pourrait plaire à un blanc et encore plus à un enfant blanc ?

Là on touche à cette par sombre de nous-même qui oscille entre bien pensant et ouverture d’esprit si on met en valeur les vertus des blancs par rapport aux minorités.
Cet esprit n’est pas complètement éliminé de notre quotidien.
On le voit encore de nos jours sur des oeuvres préaprés par des blancs et mettant en scène des univers minorités avec un héros issus de cette minorité.
Kirikou en a connu les mêmes affres, le pire je pense est le film de Rachid Bouchareb : Indigènes qui perd 5 ans de temps en tournage à cause du budget.
Normal ? Ce genre de film rappel le passé de la France et la confronte à son histoire et son manque de réalisme. Pas de projection politique pour accueillir ce genre de films qui ravivent des blessures que voulaient enfouir certains français. Pour l’autre partie cela fait du bien de sortir de l’ombre et d’entendre enfin une histoire qui nous est comté dans le cercle familial.
Longue vie au Grio ! Longue vie au bouche à oreille ! Longue vie à la communication entre membres de mêmes familles pour parfaire notre éducation culturelle et nous ouvrir aux autres.

Se rappeler, ce n’est pas amener la haine. l’Histoire ne doit pas être un instrument pour étouffer les chose mais plus un outil pour nous montrer les choses à ne pas faire.
Le travaille fait pour l’Holocauste est formidable et consomme beaucoup de temps et d’énergies devant cette armée d’incrédules qui ne veulent pas croire en la méchanceté humaine.

Tout ne va pas bien, on le sait. Cela a toujours été comme cela à travers l’histoire. Mais les peuples qui ont rayonneront demain seront ceux qui ouvriront leur coeur, leur être tout entier.
Les bons et les mauvais côtés seront auscultés. On en tirera le meilleur pour avancer en symbiose et enfin atteindre cette humanité tant recherchée dans les différentes oeuvres littéraires ou cinématographiques.

Ici, Rue Cases Nègres nous rappelle que le peuple antillais n’en veut pas à l’histoire. Il en veut seulement à ceux qui prolongent leurs souffrances. Tous ceux qui ne s’intéressent pas à eux, qui les cachent, les rejettent, les amoindrissent, les ignorent… Tout se mal par les non-dits passe un peu par ce film.

On voit donc une époque historique, très concrète.
Plus de 360 000 esclaves déportées des région de l’Angola au Sénégal se sont retrouvé en Martinique. Tous les départs étaient prévus des grandes villes négrières françaises comme les plus importantes qu’étaient Nantes, Bordeaux, La Rochelle et Le Havre.
Sous le joug de l’empire colonial français, l’esclavagisme était encore de mise mais même si légalement ce n’était plus de l’esclavage.
Tout comme aux USA de cette période, la ségrégation sévissait. L’égalité des chances n’existaient que par un esprit brillant. Qui se heurtera à ses pairs en métropole.

Pour rappel, voici comment le code colonial et les registres paroissiaux fixaient les différences entre les hommes :
Voici comment on surnommait les hommes non blancs ou qui ont des origines noirs en Martinique :
3/4 de sangs noirs : on le surnommait un Capre
1/2 de sangs noirs : on le surnommait Mulâtre
1/4 de sangs noirs : on le surnommait Métis
1/8 de sangs noirs : on le surnommait Quarteron
1/16 de sangs noirs : on le surnommait Mamelouk

Légalement ils étaient parfois considérés comme affranchis et tombant dans la classe des “libres de couleurs”. Statut très inférieur à l’homme blanc qui pouvait voter et se faire élire. Un affranchi devait être au minimum Mulâtre pour voter et Mamelouk pour être un représentant de l’état.
Dans ce monde qui bouge, en 1930 le Société de Nation émit un document ratifié par pas mal de nations (Code de l’Indigénat) sauf la France qui ne le fait qu’en 1937 sans en appliquer les termes de façons similaires sur son territoire colonial.

Pour encore souligner l’aspect historique que comporte ce film, n’oubliez pas que c’est le combat d’Aimé Césaire, de Léopold Bissol et de Georges Gratiant qui fournit à la Martinique le statut de département à la Martinique en 1946, signant la véritable fin de l’esclavagisme.

Mais la société conçu préalablement par le code noir et ensuite par le code l’indigénat ne s’efface pas si facilement, les rebellions, les grèves des dernières années sont encore des soubresauts de cette ancienne hiérarchie jamais démantelée par la République qui ne se sent pas concerné.

Ce film fut compliqué pour la famille du cinéma français qui n’a pas digéré d’ouvrir ce genre de cicatrices, de hontes, de mea culpa jamais avoués.
Heureusement Robert Redford accueilli Euzhan Palcy à Sundance pour l’aider à monter un super film avec Suzanne Sarandon, Donald Sutherland et surtout le grand Marlon Brando !

Alors je vous invite à vous cultivez auprès de ce film qui pose gentiment les bases tragiques d’une époque sombre de la république française. Epoque qui trouvait quelques joyeux enfants en Martinique fiers d’aller à l’école et de faire les quatre-cents coups comme tout enfant de la métropole.
Même dans une vie dure, il y a des aspects intéressants et heureux. Même dans le malheur on apprend des choses sur notre culture. Toutes les difficultés de la vie sont là aussi pour nous forger et à nous tester. Ne devenez pas l’être qu’on attend de vous par tout détracteur malsain. Non devenez cette être solaire qui embrasse la vie et qui ouvre son esprit pour progresser. Voici le message de ce film. Nous nous ouvrons aux cultures d’autrui pour mieux nous comprendre. Mieux accompagner sa propre culture et son décalage dans la société où l’on vit.
Notre soif d’apprendre doit aider à nous unir tous ensemble et sortir des clivages dans lesquels on aime nous enfermer.
Apprenez, aimez, intégrez-vous et créer une belle histoire pour qu’enfin l’humanité ressorte vraiment de tout un chacun sur cette planète.

Staff :
Réalisateur : Euzhan Palcy
Producteurs : Michel Loulergue et Jean-Luc Ormières
Acteurs :
Garry Cadenat
Darling Legitimus
Douta Seck
Musique :
Groupe Malavoi
Roland Louis
V. Vanderson
Brunoy Tocnay
Max Cilla
Slap-Cat